L’organisme fonctionne mieux quand on est de bonne humeur

Des auteurs londoniens démontrent qu’un état d’esprit positif (aussi décrit comme une aptitude à être heureux) est en relation inverse avec le taux de cortisol plasmatique, l’élévation du fibrinogène induite par le stress et la fréquence cardiaque, ce qui influe directement sur des variables biologiques contribuant à une bonne santé.

LES RECHERCHES en psychologie positive commencent à établir des relations concrètes et mesurables entre l’état d’esprit, positif ou négatif (une aptitude à être heureux ou non), et les réponses biologiques. La publication d’Andrew Steptoe et coll. (Londres) apporte des arguments en indiquant que « des états affectifs positifs sont corrélés à des profils favorables de plusieurs systèmes biologiques ».

L’étude a été menée chez 116 hommes et 100 femmes d’âge moyen (35-55 ans) chez qui on a mesuré l’état d’esprit à différents moments de la journée et de la semaine en utilisant le questionnaire GHQ (General Health Questionnaire), un instrument validé de dépistage des troubles psychiatriques qui mesure la détresse psychologique. Les scores GHQ sont inversement corrélés à un état d’esprit positif, c’est-à-dire à une aptitude à être heureux. Des mesures biologiques ont été réalisées parallèlement : pression artérielle, cortisolémie, fréquence cardiaque, taux de fibrinogène en fonction du stress (mesuré en laboratoire lors d’une tâche mentale avec épreuve, qui consistait en un test informatique impliquant une performance).

Aptitude au bonheur. Au finale, la cohorte a été divisée en quintiles en fonction des cotations que les sujets accordaient à une aptitude au bonheur. Les participants du quintile le plus bas (quintile 1) n’ont donné quasiment aucun score de bonheur, ceux du quintile le plus haut (quintile 5) se sont cotés comme heureux pratiquement tout le temps.

Les résultats montrent que, dans les deux quintiles les plus élevés, les sujets cotent le bonheur de manière équivalente à tous les moments de la vie, tandis que les individus qui se situent dans les deux quintiles les plus bas sont plus heureux pendant les jours de loisir que pendant le travail (p < 0,001). L’aptitude à être heureux est donc indépendante des conditions extérieures, tout au moins pour une part.

Par ailleurs, les concentrations en cortisol sont significativement corrélées à l’état d’esprit, car elles suivent étroitement les positions dans les quintiles : en clair, les taux les plus hauts se situent dans le quintile 1 et les plus faibles dans le quintile 5 (p < 0,001), et cela après ajustements pour l’âge, la position dans l’échelle sociale, le tabagisme et l’IMC.

Le cortisol, hormone clé. « La relation entre la réduction du taux de cortisol et un affect positif est très pertinente en termes de santé », remarquent les auteurs. Le cortisol est une hormone clé, dont les variations ont été bien documentées en fonction de différentes pathologies. Un niveau élevé est associé notamment à l’obésité abdominale, au diabète de type 2, à l’HTA et à des affections auto-immunes.

Influence délétère de l’humeur dépressive. L’étude a montré que la pression artérielle n’est pas corrélée au bonheur. En revanche, le rythme cardiaque l’est, comme en témoigne l’augmentation de la fréquence cardiaque dans les quintiles inférieurs, comparativement aux quintiles supérieurs

Le taux de fibrinogène plasmatique à l’état basal se révèle indépendant de l’état d’esprit. Toutefois, après l’épreuve stressante, les concentrations se sont élevées et des différences significatives sont apparues entre les quintiles dans le profil des réponses. Ainsi, l’élévation du fibrinogène est significativement plus importante dans les quintiles les plus bas, comparativement aux quintiles élevés.

Les preuves de relations entre les états affectifs et physiques sont de plus en plus nombreuses. Il en existe de multiples exemples, comme une méta analyse de 25 études prospectives réalisée en 2002, avec des suivis entre 2 ans et 16 ans, montrant un risque accru de mortalité chez les sujets présentant une dépression clinique ou masquée (état affectif négatif).

D’autres études ont montré qu’un manque d’état d’esprit positif peut prédire la mortalité, les AVC et une invalidité. Maintenant, la médiation biologique se fait jour via l’activation du système nerveux central ou autonome ainsi que celle des réponses inflammatoires et immunitaires. Des études antérieures ont montré que l’humeur dépressive est liée à des taux accrus de protéine C réactive et de cytokines inflammatoires, à l’élévation de la noradrénaline en réponse au stress ainsi qu’à un déficit immunitaire après vaccination.

L’ensemble de ces résultats plaide en faveur d’un traitement favorisant un changement en profondeur de l’état d’esprit, pour une prévention des troubles de l’humeur, mais aussi des maladies physiques.

Dr BÉATRICE VUAILLE« Proc. Natl. Acad. Sci. », 26 avril 2005, édition avancée en ligne. Le Quotidien du Pharmacien du : 25/04/2005