Le cerveau n’est pas un froid logicien. Il fonctionnerait même d’autant mieux que l’on éprouve des émotions en apprenant. Pour la première fois, l’imagerie cérébrale fonctionnelle a permis de visualiser ce phénomène…

Pour raisonner au mieux, il faut faire abstraction de nos émotions et ne rien ressentir. Un précepte souvent entendu, qui découle du dualisme corps/esprit cher à Descartes. Pas si sûr, finalement. Les résultats d’expériences d’imagerie cérébrale qu’ont menées le groupe d’imagerie neurofonctionnelle de Caen indiqueraient sinon le contraire, du moins qu’il faut nuancer le propos.

Pour obtenir ces résultats surprenants, les chercheurs ont fait passer des tests à des témoins volontaires sains. Les témoins sont placés en situation d’apprentissage, selon deux techniques.

Dans la première technique, appelée « froide », l’expérimentateur explique aux témoins, placés face à un test de même acabit que le premier, la logique du test.

Dans la deuxième technique d’apprentissage, appelée « chaude », même combat. Sauf que les témoins sont en plus « conditionnés » par des alertes du type : « Attention, il y a un piège, vous pouvez vous tromper, il faut y résister ». « Le but est de les rendre capables d’inhiber la stratégie perceptive qu’ils avaient utilisée auparavant et qui s’avère incorrecte, et de leur faire choisir la stratégie logique, plus adaptée».

Enfin, troisième étape, tous les témoins sont replacés face au premier test. Et là, stupeur et tremblements, ceux qui sont passés par l’apprentissage « froid » refont la même erreur.

Alors qu’ils avaient bien compris la logique lors de l’apprentissage, ils semblent incapables de la transférer ! L’observation en imagerie cérébrale indique alors que les zones du cerveau activées pour résoudre le problème sont les mêmes que celles activées lors de la première phase. Situées à l’arrière du cerveau, elles sont impliquées dans les fonctions perceptives.

Par contre, les témoins du deuxième groupe chez qui l’émotion (la peur de se tromper) a été associée à l’apprentissage activent des zones différentes, situées à l’avant du cerveau, notamment le cortex préfrontal ventro-médian droit (CPVM). Et le taux de réussite est de 90 % ! Ils inhibent leur erreur perceptive. « Or le CPVM est justement connu comme une aire du cerveau qui relie émotions et raisonnement », souligne Olivier Houdé.

Les résultats indiquent ainsi que les émotions ressenties par les sujets en apprentissage « chaud » – la peur de se tromper, le plaisir de corriger son erreur – assistent le raisonnement logique, et surtout l’acquisition. Des études en cours permettront de savoir si cet effet se maintient au fil du temps et si le cerveau émotionnel doit toujours être recruté lorsque l’apprentissage est stabilisé.

L’imagerie cérébrale fonctionnelle nous a permis de visualiser pour la première fois une erreur de raisonnement. Mais surtout, ces résultats mettent en évidence la très forte plasticité du cerveau.

Dans le cas du développement de l’enfant notamment, on pourrait envisager, à partir de ces données, la mise en place de nouvelles pédagogies », termine Olivier Houdé (Groupe d’imagerie neurofonctionnelle, Paris et Caen – Source : Site du CNRS